L’Arrestation

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Un “Flic” arrête un jeune “Type”, sans véritable motif. La situation, presque insignifiante au début, devient progressivement cauchemardesque pour le garçon, et une réelle machine à tensions et quiproquos pour le spectateur. Au lieu de devenir un affrontement attendu, la situation permet au policier de déverser devant sa victime étonnée, muette et de plus en plus inquiète, son point de vue sur le pognon, la taule, la discipline…
L’écriture de Mario Batista se détourne des archétypes et porte l’humanité des personnages. Ils ne parlent pas pour nous raconter une histoire ou faire avancer une intrigue, mais pour permettre aux personnages de s’en sortir.

Si plusieurs évènements ont conduit à des affrontements violents entre les forces de l’ordre et des jeunes de banlieue, L’Arrestation semble pouvoir répondre à une situation où le sensationnel porté par les médias empêche toute forme de discernement. Cette pièce permet de mettre en lumière des réalités parallèles pour tenter de conjurer leur incommunicabilité. Ainsi, la portée de ce texte par rapport à l’actualité récente, tout comme la volonté de poursuivre l’adresse à un public adolescent, rendaient nécessaire la reprise de ce spectacle créé en 2011.

Comme dans la plupart de mes spectacles, ici encore, c’est la parole qui prime sur l’intrigue. Ce dialogue, avec ses allures de monologue, transforme une situation banale en terrain de duel poétique. La parole du flic, quasiment jamais interrompue, file dans un style musical très enlevé, tandis que les rares répliques du jeune homme viennent exacerber les différences entre ces deux personnages.

Néanmoins, l’unique scène du spectacle se déroule pendant une heure, dans un seul espace, et nous tient en haleine. Le drame qui peut surgir à tout moment, même s’il n’arrive jamais, nous oblige à prendre partie. Or cela s’avère impossible tant le spectateur est balloté entre le refus de l’injustice et sa compassion fluctuante envers les personnages, entre son désir d’ordre et de tranquillité, et la terreur qui en découle.

Avec un jeu physique retenu, la mise en scène, sous forme de tableaux assez statiques, accompagne l’évolution des rapports entre les personnages. Le jeune homme, menotté durant tout le spectacle, forcé d’écouter le flic, passe de l’impertinence inoffensive à la colère exacerbée puis à l’épuisement. Environnement urbain souligné par le langage et la musique, plateau minimaliste et lumière froide qui circule dans un mouvement continue mais imperceptible : la scène jamais ne se fixe.

Christophe Laluque

 




Tout public à partir de 12 ans. Durée : 55 mn.

Texte : Mario Batista
Mise en scène : Christophe Laluque
Avec Bruno Pesenti et Tigran Mekhitarian
Création lumière : François Chaffin
Création sonore : Nicolas Guadagno

Diffusion : Héloïse Froger, diffusion[[at]]amin-theatre.fr ou 06 76 82 17 17

Soutiens : DRAC Ile de France – Ministère de la culture et de la communication (compagnie conventionnée), Région Ile de France, Conseil Départemental de l’Essonne.

L’Arrestation (éd. Les Cygnes) a reçu l’aide aux auteurs du CNT en mai 2009, puis a été créé par Christophe Laluque au théâtre de l’Envol à Viry-Châtillon en 2011. Avignon Off 2019 voit la recréation complète de ce spectacle.

 


 

Le mot de l’auteur

Bien que j’écrive des pièces de théâtre, je ne me suis jamais posé la question du genre. Ce qui me plaît au fond c’est l’écriture. Avec cette caractéristique particulière de l’écriture théâtrale, qui fait qu’on est obligé d’être précis et concentré. L’écriture théâtrale ne tolère pas le relâchement, elle demande une énergie colossale, et c’est sûrement ce qui lui donne sa dimension poétique. J’écris des pièces de théâtre dont je rêve qu’elles soient des poèmes. Des pièces, dont je rêve qu’elles réinventent la langue, qu’elles fassent entendre notre langue commune comme une langue étrangère. Je rêve que mon écriture théâtrale rende des sentiments ou des sensations impossibles, comme ce fameux Cri de Munch, ou des bégaiements ou des tremblements. Une écriture capable de rendre visible ce qui est invisible.
L’écriture doit être un défi à l’imagination, un défi aux habitudes, un défi à ce qui est connu. Elle doit ouvrir le champ à des univers nouveaux. Et quand elle est théâtrale elle doit à chaque nouveau poème réinventer le théâtre. Elle doit faire que les metteurs en scène s’arrachent les cheveux, puis qu’ils s’implantent ensuite de nouvelles perruques. De nouveaux dispositifs. Et si je tiens à ce qu’elle soit poétique, c’est que bien que je la désire inventive et ouvrant sur l’inconnu, elle n’est jamais expérimentale. Elle se reconnaît en nous..

Mario Batista




Dates
  • Grigny, le TAG, 5, 6 et 7 juin, répétitions ouvertes
  • Avant-premières Avignon Off, Artéphile, le 21 juin à 19h30
  • Avignon Off, Artéphile, du 5 au 27 juillet à 20h15 (relâche le dimanche)
Téléchargements (pour les professionnels)


Dossier, juin 2019Télécharger le livret (pdf)


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Photos © Ernesto Timor