Tout public

 

Il y a ceux qui font du théâtre et ceux qui en profitent.* Ceux qui savent pour qui ils le font, et ceux qui s’en foutent du moment que ça rapporte.

Il y a ceux qui parlent de nous sans savoir ce qu’on fait, ceux qui leur répondent de venir nous voir.

Il y a ceux qui viennent avec des amis, ceux qui viennent en famille, ceux qui viennent en couple, ceux qui viennent tout seul.

Il y a ceux qui veulent du théâtre juste pour rigoler, sans prise de tête, des portes qui claquent, des grimaces, des prouts, des boute-en-train, des pitreries et des vedettes. Il y a ceux qui veulent du théâtre pour comprendre le monde.

Il y a ceux qui viennent pour se faire voir, ceux qui accompagnent, ceux qui sont obligés, ceux qui n’imaginaient pas pouvoir venir un jour, ceux qui entraînent, ceux qui suivent, ceux qui viennent pour être émus, ceux qui viennent pour briller, ceux qui viennent pour sortir, ceux qui viennent pour apprendre, ceux qui viennent pour dire du mal, ceux qui viennent pour dormir, ceux qui viennent pour réfléchir (pourquoi pas en rigolant), ceux qui viennent pour applaudir.

Il y a ceux qui ne viendront jamais, et ceux qui sont toujours là, ceux qu’on attendait, et ceux qu’on espère. Il y a ceux qui viennent pour la première fois, ceux qui ne reviendront jamais, ceux qui se demandent.

Il y a ceux qui lisent les critiques, ceux qui lisent le programme, ceux qui lisent le journal, ceux qui lisent un livre, ceux qui lisent leur ticket, puis ceux qui regardent la scène. Ceux qui arrivent en avance, ceux qui arrivent en retard et ceux qui sont juste à l’heure.

Il y a ceux qui savent déjà que ça ne va pas leur plaire, ceux qui n’ont pas compris avant même que ça commence, ceux qui sont déjà contents d’être là.

Il y a ceux qui parlent avant, ceux qui parlent pendant, ceux qui parlent après, et ceux qui ne disent rien. Ceux qui rient pour un rien, ceux qui dorment, ceux qui regardent ailleurs, ceux qui pleurent.

Il y a ceux qui attendent du théâtre ce qu’ils savent déjà, et ceux qui ne savent pas ce qu’ils vont y trouver. Ceux qui sortent bruyamment, ceux qui s’ennuient à mourir, ceux qui savourent leur plaisir. Il y a ceux que l’art dérange et ceux qui ne peuvent pas vivre sans. Ceux qui le bâillonnent et ceux qui le défendent.

Il y a ceux qui gardent un casque sur les oreilles, ceux qui font chut, et ceux qui écoutent.

Il y a ceux qui n’éteignent pas leur téléphone, ceux qui le mettent en silencieux, ceux qui envoient des sms, et ceux qui répondent pendant le spectacle. Il y en a aussi qui n’ont pas de téléphone.

Il y a ceux qui sont transformés, ceux pour qui rien ne s’est passé, ceux qui se sentent plus forts, ceux qui vont agir maintenant qu’ils ont vu ça.

Il y a ceux qui se lèvent, ceux qui restent assis, ceux qui veulent boire un coup, ceux qui veulent rentrer chez eux.

Il y a ceux qui veulent qu’on parte et ceux qui veulent qu’on reste. Il y a ceux qui me trouvent triste, ceux qui me trouvent joyeux, ceux qui me trouvent très méchant, ceux qui me trouvent trop gentil, ceux qui travaillent avec nous, ceux qui travaillent contre nous, ceux qui nous encourage, et ceux qui nous décourage. Il y a ceux qui veulent prendre ma place, et ceux qui me donnent la leur.

* Formule empruntée à François Truffaut sur le cinéma.

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